Comment te dire qu'aujourd'hui je pensais t'écrire un article avec le mot de la fin. Te faire une sorte d'aurevoir, c'était bien cool ces 4 derniers mois mais cette fois il est temps pour moi d'aller retourner bosser. Cet article je l'ai écrit dans ma tête et j'en avais presque les larmes aux yeux. Aussi à l'idée de penser à Jules et son couloir. Je pensais que cette journée serait la pire de ma vie, que jamais je n'y arriverais: que je n'arriverais pas à me lever, que j'allais tomber sur des greluches pas sympas, sur des tâches peu sympathiques,... Tu ne me suis pas ? C'est normal, je ne t'ai rien dit. Pour garder un suspens et une sorte de happy ending, surpriiiiise, je travaille ! Eh beh non. Pourquoi te le dire maintenant ? Parce qu'aujourd'hui j'ai pris conscience de quelque chose de très important durant une journée d'essai. De deux choses à vrai dire.
La première, c'est que je suis prête à aller travailler. Je suis prête à revivre cette ambiance de travail, rencontrer des gens, des nouvelles collègues. Avoir mon bureau, avec le calendrier que ma filleule m'a offert pour Noël et un paquet de Kleenex. Mettre la photo de Jules en fond d'écran. Manger à midi avec mes collègues et parler de Secret Story. C'est la première fois depuis 4 mois, que j'ai envie de me lever pour aller travailler. Quelle excitation ! Sortir Jules, prendre la voiture, mettre la musique à fond et allumer l'ordinateur. Râler sur les voitures, le feu rouge qui dure trop longtemps. Rentrer le soir lessivée, mais d'une bonne fatigue. Cette fatigue qui te rend fière de toi. Cet argent à la fin du mois qui te fait te sentir méritante. Et ce sentiment, j'ai bien cru après la faillite, que je l'avais perdu à tout jamais. Que j'étais perdue quelque part entre mon lit et mon canapé. Aujourd'hui, je le dis: je veux travailler.
La deuxième chose, moins drôle par contre, c'est que je me suis rendue compte que nous vivons à une époque où le respect est une denrée rare. Il est loin le temps où on te félicitait de t'être levée le matin pour faire une journée d'essai. Loin le temps où on te fait ressentir qu'on a besoin de toi. Aujourd'hui, après une vague de motivation tellement énorme, je me suis prise les pattes dans le bureau de la patronne. Cette patronne qui n'a même pas daigné lire mon CV, qui m'as regardé comme une chômeuse, un numéro, une personne de plus à passer la porte de son bureau. Ce genre là, qui ne te laisse entrevoir à ton premier jour aucune autre perspective d'avenir: ce sera comme ça et pas autrement. Négocier ? Pourquoi faire, moi tout ce que je vois dans ton CV c'est un trou de 4 mois. Tu dois avoir faim, très faim...
Mais aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, je me suis redressée, j'ai levé le menton, j'ai regardé un chef d'entreprise droit dans les yeux, et je ne me suis pas laissé abattre, je lui ai dis "non merci". J'ai été fière d'être celle que je suis: je suis fière de me faire les ongles tous les dimanches, je suis fière de mon parcours, je suis fière des 2 diplômes que j'ai eu, des 3 langues que je parle, je suis fière de savoir écrire correctement, de savoir parler avec le sourire. Je suis une bonne personne. Je veux dire, une vraie bonne personne. Je l'aurai, le travail de mes rêves, et il sera parfait.
Ah tu le sais, je n'ai jamais aimé les chiffres, et être traitée comme un numéro, c'est la pire chose qui puisse m'arriver. Je veux travailler, oui, mais ce que j'ai envie de mettre au top niveau de ma liste, c'est le respect et la considération. C'est un grand pas que j'ai fait, et moi aussi, dorénavant, je viserai la lune.
A bon entendeur, salut.
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